Chronique LMPT : « Eloi ou la possibilité d’une démographie française conquérante »

Eloi est un petit garçon français né le 15 juillet dernier. Ses parents, en faisant le choix de l’avoir alors qu’ils sont jeunes (25 ans chacun), et la mère encore étudiante, ont agi à rebours des familles françaises. En effet, les femmes attendent leur premier enfant à l’âge moyen de 28,5 ans, et la démographie française est sur une pente douce au point que le Premier ministre s’en est alarmé. Pourquoi ? Que faire ?

« La baisse de la natalité de son côté, réelle depuis deux ans, doit nous alerter » : voilà ce qu’a dit Edouard Philippe le 4 juillet dernier dans sa déclaration de politique générale devant les députés, et il poursuit : « Nous cesserons donc de considérer les familles comme de simples variables d’ajustement fiscal. » Car c’est bien ce qu’ont été ces dernières pendant le quinquennat de François Hollande, authentiquement familiphobe. Que l’on se souvienne : 1) Réduction, au nom de l’égalité homme-femme, du congé parental de trois à deux ans si les deux conjoints ne partagent pas ce congé ; résultat : un an de congé parental en moins pour 96 % des familles, et -7,4 % en 2015 de congés pris. 2) Abaissement par deux fois du plafond du quotient familial ; résultat : des familles sont devenues imposables et beaucoup d’autres ont vu leur impôt augmenter. 3) Plafonnement et imposition de la majoration de 10 % de la pension de retraite pour les familles ayant élevé trois enfants ou plus. 4) Mise sous condition de ressources des allocations familiales ; résultat : depuis le 1er juillet 2015, celles-ci ont été divisées par deux pour les familles dont le revenu mensuel net de l’avant dernière année était supérieur à 5 595 €, et par quatre pour les familles dont le revenu mensuel net était supérieur à 7 457 €.

Cette politique est néfaste aux familles. Et c’est ce que les Français ont jugé dans un sondage réalisé par l’IFOP pour La Manif Pour Tous en janvier dernier. Plus de 7 Français sur 10 (71 %) considèrent que « la politique fiscale de ces dernières années pénalise fortement les familles ». De manière générale, « la réduction du budget de la politique familiale » est jugée comme une mauvaise chose par les 2/3 des Français, quand une écrasante majorité (70 %) craint que « le seuil de revenu à partir duquel les allocations familiales sont réduites ne soit abaissé année après année ». Enfin, une majorité d’entre eux (55 %) estime que « la politique menée ces dernières années est de nature à conduire des couples à renoncer ou différer une nouvelle naissance. » Nous y sommes : l’indice de fécondité passe de 2,01 en 2012 à 1,93 en 2016. Or il doit être de 2,1 pour assurer le renouvellement des générations. La France est désormais sur la pente du déclin démographique.

Moins de bébés, c’est une France affaiblie. Sur le plan de la confiance, les Français sont un des peuples les plus pessimistes au monde. Sur le plan du dynamisme économique, 12 des 13 pays européens affichant une croissance démographique supérieure à la nôtre, présentent également un taux de chômage largement inférieur au nôtre. Sur le plan social, cette baisse est  une menace pour l’avenir de notre modèle social qui ne pourra pas être financé. Alors que le Conseil d’orientation des retraites déclare qu’avec un indice de fécondité de 2,1 enfants par femme, on peut réduire le déficit des retraites à zéro.

Tandis que la politique familiale française était unique en Europe et enviée dans le monde entier pour son équilibre, son équité et son efficacité, François Hollande en a sapé les principes fondateurs et les mesures essentielles. Le coût humain, social et économique, pour les personnes et la collectivité sera considérable dans les décennies à venir – car on ne rattrape jamais des naissances qui n’ont pas eu lieu.

Dans le sondage IFOP, 90 % des Français considèrent que « la famille est une valeur qui n’est ni de droite, ni de gauche » et 88 % qu’elle est « un atout pour la paix sociale et le vivre ensemble ». Ces résultats traduisent donc un haut niveau d’attente en matière de politique de la famille. A contrario du gouvernement précédent, et même si le programme du nouveau président de la République est focalisé sur l’égalité des droits des familles, c’est peut être ce que le Premier ministre a compris : agir sans idéologie au service des familles en bâtissant une nouvelle politique familiale. Mais il y a urgence. Il faut des actes concrets, maintenant, sans attendre, sans avoir à rappeler que gouverner c’est prévoir.

Car les responsables politiques ne peuvent pas uniquement se reposer sur ces personnalités, comme les parents d’Eloi, mues par un bel optimisme. Animés par les deux ressorts clés de la démographie, le dynamisme et la confiance, ils sont l‘exemple de l’attachement des Français à la famille, et ce, au-delà de toutes les vicissitudes de la vie. C’est donc bien au gouvernement qu’il appartient de créer les conditions pour que notre démographie reparte à la hausse, clé du succès de l’avenir de notre pays.