À l’Assemblée, une mobilisation internationale contre la GPA

Au Palais Bourbon, les Assises pour l’abolition de la maternité de substitution réunissaient, hier soir, des acteurs venus du monde entier engagés dans le combat contre les mères porteuses.

Dans le sous-sol de l’Assemblée nationale, la salle était pleine à craquer. Beaucoup de femmes, et un public plutôt âgé. Parmi la foule venue assister aux Assises pour l’abolition universelle de la maternité de substitution qui se tenaient mardi soir, on pouvait croiser des têtes connues : le vert José Bové, l’universitaire Sylviane Agacinski, la députée Elisabeth Guigou, et bien d’autres. Mais aussi d’autres profils, moins connus, venus de l’étranger plaider la cause d’une interdiction internationale de la gestation pour autrui. Sylviane Agacinski, qui préside les Assises et est très impliquée dans la lutte contre la GPA, souligne dans son discours inaugural la nécessité d’abolir mondialement la maternité de substitution, et pas seulement pour les femmes riches d’Occident.

Le Dr Sheela Saravanon, qui lutte contre le trafic de mères porteuses et les infanticides de filles en Inde, prend la parole, appuyée par un power point qui illustre son propos. Elle est venue parler du sort des mères porteuses en Inde. Parquées dans des cliniques usines, celles-ci sont traitées dans des conditions épouvantables. Il arrive qu’on implante jusqu’à cinq embryons dans le ventre d’une femme. Les enfants surnuméraires sont alors avortés sans l’accord de la femme. Dans une des cliniques pratiquant de façon industrielle la maternité de substitution, les femmes étaient obligées d’accoucher par voie césarienne, et ce «au cas où» afin d’éviter toute complication qui pourrait faire perdre l’enfant. Les «mères porteuses» n’ont pas d’assurance maladie, ne sont pas payées en cas de fausse couche, et n’ont aucun droits sur l’enfant à naitre. Les prix très bas ont attiré de nombreux couples occidentaux, en particulier des britanniques, des américains, et des Australiens. La GPA a été interdite en Inde en octobre dernier, mais pour les étrangers seulement. Cette interdiction est loin d’être effective. Une démonstration pratique de la réalité de la GPA, la plupart du temps pratiquée par des femmes pauvres pour des couples occidentaux.

Des chercheuses de Suisse, d’Autriche, de Suède et du Royaume-Uni

D’autres femmes, venues de pays européens à la législation plus ou moins sévère sur la GPA, sont venus apporter leur soutien. Comme la politologue suisse Regula Stämfli «Certains affirment qu’être mère porteuse, c’est comme être danseuse. Mais c’est faux. La GPA, c’est simplement vendre et acheter de la chair humaine», déclare-t’elle à la tribune. Ou encore Julie Bindel, journaliste et écrivaine anglaise, antiraciste, lesbienne et féministe qui s’érige également contre le «trafic» des mères. La suédoise Kasja Ekis Ekan, auteur de l’Etre est la marchandise déclare sans ambages que «La GPA est la petite soeur de la prostitution» et s’inquiète que la Suède, premier pays à interdire la prostitution, autorise bientôt une forme de «GPA éthique». Elle s’indigne contre l’argument de «l’altruisme», rappelant que dans l’écrasante majorité des cas, les femmes restent rémunérées. L’Autrichienne Eva Maria Badringer, auteur d’un livre Enfants sur commande, dénonce vigoureusement le marché de la procréation.

À la fin des deux tables-rondes, les intervenants et les politiques de gauche venus assister aux conférences signent une charte pour l’abolition universelle de la maternité de substitution. La charte peut également être signée en ligne. Partir d’une initiative européenne pour interdire de manière internationale le trafic des mères porteuses, tout comme l’a été celui des organes.

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